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Il est maintenant acquis que les modes de consommation alimentaires actuels et les modèles de production qu’ils induisent entraînent la perte de biodiversité. L’accroissement de la population et un modèle économique toujours trop centré sur la croissance amplifient ce phénomène inquiétant. 

Le constat

La perte de biodiversité s’accélère. Au cours des 50 dernières années, les populations d’animaux sauvages vertébrés ont diminué de près de 70% et on estime qu’un million d’espèces sont d’ores et déjà menacées d’extinction. Depuis les années 1970, la population humaine a doublé et l’humanité utilise maintenant trois fois plus de ressources naturelles que qu’à cette époque. L’agriculture impacte fortement cette dégradation. Elle utilise 80% de l’eau douce extraite dans le monde, occupe déjà la moitié de toutes les terres habitables sur Terre et est le principal moteur de la perte d’habitat et de biodiversité. 80% des terres agricoles mondiales sont utilisées pour l’élevage d’animaux. La Liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) répertorie l’agriculture comme une menace principale pour 24 000 des 28 000 espèces qu’elle a évaluées jusqu’à présent, et la surpêche est le principal facteur de perte de biodiversité dans les écosystèmes océaniques.

Et ce constat ne va pas en s’arrangeant. La combinaison d’un accroissement élevé des populations et d’un accroissement de la consommation par habitant est une véritable bombe. Aujourd’hui, 6% de la population mondiale possédant la moitié du PIB mondial sont responsables de 11% de la perte de biodiversité et de 8% de la pénurie d’eau. Mais les plus grands « coupables » sont les régions avec un score de développement modéré qui, ensemble, détiennent les deux tiers de la population mondiale.  Ces pays sont responsables de plus de 80% de la perte de biodiversité mondiale.

5 leviers interdépendants pour inverser la tendance

Développer des méthodes agricoles plus durables.

Adopter des pratiques plus respectueuses de la nature telles que la rotation des cultures et l’agriculture biologique pour gagner en durabilité. Il faut par exemple limiter l’utilisation des intrants et remplacer la monoculture par des pratiques de polyculture éloignées .

Créer plus d’espaces protégés

Protéger et mettre de côté des terres pour la nature, par la restauration des écosystèmes en incorporant des îlots d’habitat naturel dans les terres agricoles est un piste intéressante.  La protection des terres contre la conversion ou l’exploitation est le moyen le plus efficace de préserver la biodiversité, nous devons donc éviter de convertir les terres pour l’agriculture. La restauration des écosystèmes indigènes sur des terres agricoles épargnées offre l’opportunité d’augmenter la biodiversité.

Evoluer vers des régimes alimentaires moins carnés et plus végétaux

Changer les habitudes alimentaires pour réduire la demande de produits animaux est un véritable enjeu. Un tel changement bénéficierait également à la santé alimentaire des populations du monde entier et contribuerait à réduire le risque de pandémie. Le gaspillage alimentaire mondial doit être réduit de manière significative pour diminuer la pression sur les ressources, y compris les terres, en réduisant la demande.

Maîtriser la démographie mondiale

Les principaux rapports sur l’alimentation et l’agriculture soulignent qu’une croissance démographique incontrôlée saperait toutes les autres actions visant à préserver notre biodiversité. Une publication historique de 2019 de la Commission EAT-Lancet a noté que dépasser une population de 10 milliards de personnes dégraderait de façon irréversible la biodiversité mondiale.

Il est possible d’éviter cette croissance démographique considérable au XXIe siècle. Eduquer, promouvoir le financement d’un planning familial basé sur des droits et des choix volontaires sont les pistes les plus sérieuses avancées par les experts du sujet.

Transformer l’économie

Notre système économique et financier entraîne la perte de biodiversité et nécessite des changements massifs. La mesure même du succès économique en terme de produit intérieur brut (PIB), qui ne mesure que la production économique, mais ne tient pas compte des impacts environnementaux doit être remise en question. Le modèle consumériste doit être abandonné progressivement. Pour ce faire, et au-delà des prises de conscience individuelles, il faut fournir des mécanismes permettant aux nations de recevoir des aides pour protéger les écosystèmes des zones d’activité économique, produire local et sain et minimiser les flux de marchandises.

Notre mode de consommation et la croissance actuelle de notre population nous amènent à dépasser bientôt les limites durables de notre planète. Un changement systémique et social doit s’opérer urgemment. Ces 5 leviers peuvent déboucher sur des solutions concrète et efficaces à condition d’y mettre les moyens et, surtout, d’en avoir la volonté.