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Un sujet séculaire qui passionne

L’effondrement historique d’anciennes sociétés humaines a bénéficié d’une forme d’enchantement scientifique et populaire allant parfois jusqu’à la fascination.

Le sujet complexe de l’effondrement a été étudié par nombre d’historien. Dès 1377, Ibn Khaldoun avait analysé le développement puis la chute de grandes dynasties comme par exemple la chute de l’Empire romain.

Plus tard, au 18ème siècle, Edward Gibbon développa ses propres théories d’effondrement. Puis d’Oswald Spengler, avec « Le déclin de l’Occident« , expliquait que nos sociétés aux mains de dirigeants malveillants et perfides tendaient vers des crises profondes, prédisant au passage les horreurs du fascisme et du stalinisme.

L’École des Annales, courant historique français fondé par Lucien Febvre (1878-1956)  secoue ensuite le débat sur l’effondrement, en introduisant une méthode interdisciplinaire et une approche holistique de la question.

Joseph Tainter, dans « Collapse of Complex Societies » sorti en 1988, propose une théorie générale de l’effondrement, dans laquelle les sociétés succombent lorsque leur niveau de complexité gonfle jusqu’à désintégration. Tainter a considérablement enrichi la dialectique entourant l’effondrement civilisationnel, en modélisant différentes caractéristiques qui le caractérisent avec un point focal sur la complexification sociopolitique.

Le politologue William Ophuls affirme dans Immoderate Greatness: Why Civilizations Fail ( 2012 ) que lorsque l’énergie et les ressources disponibles ne peuvent plus maintenir le niveau de complexité existant, la civilisation commence à se consommer en empruntant au futur tout en maintenant un modèle du passé, préparant ainsi la voie à une éventuelle implosion.

Dans le même temps, des modèles d’effondrement alternatifs et tout aussi viables basés sur l’écologie humaine et la dégradation de l’environnement ont été suggérés ( Hughes, 1975 ; Sanders, Parsons & Santley, 1979 ; Elvin, 1998 ), le concept ayant connu une énorme popularité avec l’ effondrement de Jared Diamond.

Les ressorts de l’effondrement sont connus

Diamond avait identifié cinq facteurs fréquents et souvent synergiques qui étaient capables de précipiter l’effondrement des civilisations passées: dommages environnementaux ou épuisement des ressources; changements climatiques; guerres, pandémies et surtout incapacité de la société à réagir efficacement face aux problèmes posés.

Ce dernier point renvoyant à un ordre sociopolitique en décomposition, un dysfonctionnement institutionnel et une myopie idéologique est souligné à nouveau par Servigne et Stevens en 2020.

Semblable aux cinq facteurs de Diamond, Dmitry Orlov a proposé un cadre théorique composé de six étapes qui augmentent la gravité de l’effondrement.

Il est probable que l’effondrement de notre civilisation se traduira par une succession d’épisodes régionaux divers de désintégration (toutes les régions ou nations ne seront pas affectées de la même manière et en même temps); il ne sera guère brusque (bien que les systèmes puissent basculer précipitamment (cf. Les boucles de rétroaction positives)) et très probablement multifactoriel, comme les différents modèles et rationalisations présentés au fil des siècles ont tenté de le démontrer.

Des perspectives ?

Dans le récent livre de science-fiction de Samuel Alexander et Peter Burdon , les deux universitaires conçoivent un scénario dans lequel un petit groupe de scientifiques a créé un virus conduisant à un effondrement préventif de la civilisation industrielle et à la disparition d’environ quatre-vingt dix pour cent de la population humaine. Le livre se déroule sur plus de quatre décennies après le décès de celui que les survivants ont appelé le Grand-Mourant (le dernier survivant du groupe de scientifiques). L’anarcho-primitivisme prônant une vie radicalement simple, low-tech, de chasseurs-cueilleurs, sans beaucoup d’agriculture est indiqué dans ce roman comme « la solution » des sociétés pérennes.

Biberonnés depuis des décennies à la technologie et la croissance, je ne suis pas certain que la vie de chasseurs-cueilleurs nous fasse tous rêver. Dans tous les cas, briser le cycle de la complexification et de l’effondrement est plus qu’urgent. Sinon, nous rejoindrons implacablement les civilisations effondrées que nous avons tant étudiées au fil des siècles.